Le leader de la coordination des éleveurs et président du syndicat des transporteurs, Adama Konaté, a rappelé l’histoire de cette ressource. "Dans les années 1980 jusqu’au début des années 2000, ce résidu était simplement jeté. Ce sont les jeunes de Bouaflé qui ont expérimenté son utilisation dans l’alimentation animale. À partir de là, nous avons demandé à pouvoir la récupérer pour nourrir nos animaux ", a-t-il expliqué. Vendue initialement à environ 2 000 francs CFA, la drêche voit aujourd’hui son prix s’envoler, oscillant entre 90 000 et 100 000 francs CFA, en raison d’une demande accrue. Une flambée qui pénalise les éleveurs locaux, désormais confrontés à la concurrence d’opérateurs venus de Bouaké, Korhogo et d’ailleurs.


Le président des éleveurs de porcs de la Marahoué, Adou Narcisse, a dénoncé une situation qui fragilise particulièrement les jeunes, majoritaires dans le secteur. "Ces prix élevés excluent progressivement les petits éleveurs, alors même que notre région est aujourd’hui la deuxième zone de production porcine en Côte d’Ivoire", a-t-il fait savoir, appelant à une révision des prix à la baisse et à un accès équitable.


Face à ces revendications, le maire Yao Etienne a appelé à la préservation de la paix sociale dans cette ville cosmopolite, proposant l’ouverture de discussions avec la direction locale puis avec la direction générale de SOLIBRA à Abidjan. "Toute entreprise a une responsabilité sociétale envers les populations locales. Il est de notre devoir collectif de préserver les activités génératrices de revenus de nos jeunes", a-t-il indiqué.


Le directeur de l’usine SOLIBRA de Bouaflé, Katchy Soro, s’est engagé à faciliter les échanges avec sa hiérarchie. "Je tiens à remercier M. le maire pour son initiative, qui s’inscrit dans une véritable volonté de sortie de crise. Je mettrai tout en œuvre pour faciliter les échanges et permettre aux autorités locales de rencontrer la direction générale", a-t-il déclaré.


Le préfet de la région de la Marahoué, Gonbagui Gueu Georges, a invité les éleveurs à suspendre toute action de protestation pendant deux à trois jours, le temps que les démarches engagées aboutissent. "Nous sommes là pour défendre vos intérêts et faire en sorte que les retombées économiques profitent aussi aux populations locales", a-t-il affirmé.


Ce qui était autrefois un déchet est aujourd’hui une ressource stratégique. Cette évolution, qui témoigne de l’ingéniosité des éleveurs de Bouaflé, a malheureusement engendré son lot de tensions. Car lorsque la valeur d’un produit explose, les conflits d’accès se multiplient. Le dialogue engagé sous l’égide du maire et du préfet est donc une étape cruciale pour rappeler une évidence : si l’entreprise produit, ce sont les populations locales qui subissent les nuisances et qui, légitimement, aspirent à en tirer les premiers bénéfices. À Bouaflé, région devenue la deuxième zone porcine du pays, l’enjeu dépasse le simple prix de la drêche. Il touche à la survie de toute une filière, à l’emploi des jeunes et à la paix sociale. En attendant une rencontre avec la direction générale de SOLIBRA, les éleveurs suspendent leur mouvement. L’espoir est que les engagements pris se transforment rapidement en solutions concrètes, pour que "l'or brun" de Bouaflé continue de profiter à ceux qui l’ont fait naître.