Depuis plusieurs jours, l’affaire fait grand bruit. Selon le parquet national financier, une soixantaine de personnes ont porté plainte et les premières investigations font état de sommes évaluées provisoirement à 320,7 millions de francs CFA, qui auraient été versées pour l’acquisition de parcelles que la société concernée n’aurait pas été propriétaire de vendre. Une information judiciaire a été ouverte et plusieurs personnalités connues du public ont été entendues.
Il ne revient évidemment pas à l’opinion publique de condamner à la place de la justice. Les faits doivent être établis, les responsabilités individualisées et chacun doit bénéficier de la présomption d’innocence. Mais cette affaire soulève une question qui dépasse largement le seul dossier Rita Djédjé : que vaut la parole d'un influenceur lorsqu'elle sert à rassurer un épargnant sur un investissement qu'il n'a pas lui-même vérifié ?
Le parquet indique que Rita Djédjé est apparue dans plusieurs vidéos aux côtés d’artistes, de journalistes et de créateurs de contenus pour promouvoir les projets immobiliers concernés. Certaines personnes auraient également encouragé des souscripteurs à investir ou fait la promotion des offres dans des groupes WhatsApp, parfois en participant à la collecte de fonds.
C’est ici que le débat devient intéressant.
Une célébrité qui apparaît sur une photo avec un promoteur n’est évidemment pas, par cette seule présence, responsable des activités de celui-ci. Une image ne constitue pas une garantie juridique. Et le fait d’avoir rencontré quelqu’un ou d’avoir participé à une vidéo ne suffit pas, en soi, à établir une complicité.
Mais lorsque la notoriété devient un outil actif de promotion, lorsque l’influenceur affirme que le projet est fiable, encourage ses abonnés à souscrire ou contribue directement à la collecte d’argent, la question change de nature.
On ne parle alors plus simplement d’une photographie ou d’une relation mondaine. On parle de confiance transformée en argument commercial.
C’est sans doute l’un des enseignements les plus importants de cette affaire.
Dans l’immobilier, le client n’achète pas seulement quelques centaines de mètres carrés. Il achète une promesse : celle de devenir propriétaire, de construire une maison, de préparer sa retraite ou de transmettre un patrimoine à ses enfants.
Pour beaucoup de souscripteurs, surtout ceux vivant à l’étranger, cette promesse est difficile à vérifier à distance. Ils se fient donc aux images, aux témoignages et, surtout, aux personnes qui leur présentent l’opération.
C’est là que l’influenceur dispose d’un pouvoir considérable.
Un promoteur inconnu peut susciter la méfiance. Le même promoteur entouré de plusieurs personnalités connues peut apparaître soudainement beaucoup plus crédible. La notoriété devient alors une sorte de label de confiance.
Or, aucun nombre d’abonnés, aucun trophée, aucune célébrité et aucune vidéo tournée sur un terrain ne peuvent remplacer les vérifications administratives et juridiques.
Le scandale devrait surtout servir d’avertissement aux futurs acquéreurs.
Une parcelle filmée dans une vidéo existe peut-être. Mais cela ne signifie pas que celui qui la vend en est propriétaire. Une parcelle peut également exister sans être libre de tout droit, sans lotissement régulièrement approuvé ou sans offrir à l’acquéreur la sécurité juridique qu’il recherche.
Le ministère de la Construction rappelle d’ailleurs que l’Arrêté de concession définitive (ACD) est le document qui confère la pleine propriété d’un terrain urbain. Le futur acquéreur doit donc dépasser les publications sur les réseaux sociaux et vérifier le statut réel du bien et du lotissement avant de payer.
Cette règle devrait devenir un réflexe national : on ne verse pas plusieurs millions de francs CFA parce qu’un influenceur affirme qu’une opération est fiable. On vérifie d’abord.
Cette affaire interpelle également les créateurs de contenus.
L’influence n’est plus seulement une affaire de divertissement. Lorsqu’une personnalité dispose de centaines de milliers d’abonnés, sa parole peut provoquer un achat, orienter une épargne ou convaincre quelqu’un de prendre un risque financier.
Cette influence implique donc une responsabilité.
Promouvoir un restaurant, une marque de vêtements ou un spectacle n’a pas les mêmes conséquences que recommander un placement financier ou une opération foncière. Dans le second cas, la prudence devrait être beaucoup plus grande : vérifier, poser des questions, demander les documents et, surtout, ne jamais présenter comme certain ce qui n’a pas été personnellement établi.
Le parquet financier a précisément mis en garde les personnes connues du grand public contre l’utilisation de leur notoriété à des fins délictuelles et appelé à la prudence face aux opérations d’investissement promues sur les réseaux sociaux en dehors des canaux officiels.
L’affaire Rita Djédjé doit donc être regardée au-delà des noms célèbres qui apparaissent dans le dossier.
Elle révèle les failles d’un écosystème où le besoin de logement, l’attrait d’une parcelle à prix accessible, la confiance accordée aux personnalités publiques et la puissance des réseaux sociaux peuvent se rencontrer pour créer un terrain particulièrement favorable aux abus.
La réponse ne peut pas être uniquement judiciaire. Elle doit également passer par une meilleure information des acquéreurs, une plus grande transparence des promoteurs, un contrôle renforcé des opérations immobilières et une véritable culture de la vérification.
Car au bout du compte, un influenceur peut vendre une image, un promoteur peut vendre un projet, mais seul un cadre juridique sécurisé peut garantir une propriété.
L’affaire Rita Djédjé aura peut-être au moins permis de rappeler cette vérité essentielle : dans l’immobilier, la confiance se mérite, mais la propriété se vérifie.
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