Un mois perdu. C'est le temps qu'il a fallu à la RDC pour confirmer officiellement l'épidémie d'Ebola Bundibugyo en Ituri, alors que les premiers cas dataient du 15 avril. Ce retard a permis au virus de circuler et de s'implanter. Aujourd'hui, six zones de santé sont touchées : Mongbwalu, Rwampara, Bunia, Nyankunde, Butembo-Katwa et Goma. Le bilan est lourd : 513 cas suspects, 131 décès suspects, et quatre agents de santé morts à Mongbwalu.
Pourquoi ce retard ? D'abord, un test inadapté. Le GeneXpert, test de diagnostic rapide le plus utilisé sur le terrain, détecte la souche Zaïre, la plus fréquente en RDC, mais pas la variante Bundibugyo. Résultat : les premiers échantillons testés à Bunia sont revenus négatifs. Il a fallu les envoyer à Kinshasa à l'INRB pour des tests plus poussés. Huit sur treize se sont révélés positifs.
Ensuite, une chaîne logistique défaillante. Les deux premiers échantillons séquencés, collectés les 3 et 7 mai, ne sont arrivés à Kinshasa que le 14 mai. Sept à onze jours de perdus. La chaîne du froid n'a pas été respectée, les échantillons sont arrivés en petite quantité et en mauvais état. Oxfam pointe un problème structurel : les coupes dans l'aide humanitaire ont affaibli les systèmes de surveillance. La RDC est devenue, selon Oxfam, "aveugle à Ebola ".
Troisième défaillance : les croyances mystiques. Quand les premiers cas sont apparus à Mongbwalu, personne n'a alerté les autorités sanitaires. Le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, l'a reconnu : "L'alerte a traîné dans la communauté parce qu'il y avait une pensée que c'était une maladie mystique." Une croyance qui a favorisé l'expansion de l'épidémie.
Enfin, la surveillance n'a pas fonctionné. Jean-Jacques Muyembe, figure de la lutte contre Ebola en RDC, a énuméré les acteurs qui auraient dû alerter : relais communautaires, ANR, députés, infirmiers, Églises. "Les députés servent à quoi ? Quatre-vingts décès et les députés ne sont pas informés ? " s'interroge-t-il. Sa conclusion : "La surveillance, c'est l'affaire de tous."
Le président Félix Tshisekedi a tenu une réunion de crise dans la nuit du 18 mai et a instruit le gouvernement à prendre des mesures urgentes. Il a demandé à Muyembe d'activer le protocole médical qui a permis à la RDC de juguler les précédentes épidémies.
Un test qui ne voit pas le virus, une logistique qui s'effondre, des croyances qui paralysent l'alerte, une surveillance qui claudique. Voilà pourquoi Ebola a mis un mois à être officiellement diagnostiqué en RDC. Pendant ce temps, le virus a circulé, des centaines de personnes ont été contaminées, des dizaines sont mortes. L'urgence est désormais de rattraper le temps perdu. Mais ce mois perdu n'est pas une statistique abstraite. C'est le prix de systèmes de santé fragiles et d'une riposte qui a tardé à se mettre en place.
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