Le système actuel de rémunération des fonctionnaires dans la plupart des pays africains repose essentiellement sur trois critères : le grade, l'ancienneté et le corps d'appartenance. Un système qui garantit une certaine équité administrative mais qui ne tient pas compte du coût réel de la vie selon les régions. Pourtant, vivre à Abidjan n'a pas le même coût que vivre à Bondoukou, Korhogo, Man ou San Pedro. Ce paradoxe entraîne une concentration des agents dans les grandes villes, la désertification des zones rurales et des inégalités territoriales persistantes.


Le modèle américain, créé par le Federal Employees Pay Comparability Act (FEPCA) de 1990, vise à aligner les salaires fédéraux sur les salaires du secteur privé local  . Aux États-Unis, le système comprend généralement un salaire de base national et une indemnité liée au coût de la vie (Locality Pay) calculé pour chaque zone géographique  . Le pays est divisé en 58 localités, chacune avec un pourcentage d'ajustement différent, variante de 17,06 % pour le « Rest of US » à 46,34 % pour la région de San Francisco en 2026  . Ainsi, deux employés fédéraux de même grade peuvent percevoir des rémunérations différentes selon leur lieu d'affectation, dans le mais non pas de créer une inégalité mais de maintenir un pouvoir d'achat comparable  .


Selon l'analyse de Diamant Wattara, une réforme pour la Côte d'Ivoire pourrait s'articuler autour de trois piliers. D'abord, un salaire national identique pour tous, fonction du grade, du corps et de l'ancienneté. Ensuite, un Indice Territorial du Coût de la Vie (ITCV) attribuant un coefficient à chaque région, par exemple 1,30 pour Abidjan, 1,15 pour San Pedro, 1,10 pour Bouaké, 1,08 pour Yamoussoukro, 1,05 pour Korhogo et 1,00 pour les zones rurales. Enfin, une première stratégique pour récompenser les zones difficiles, les régions frontales et les missions prioritaires.


La mise en œuvre d'une telle réforme nécessiterait des textes juridiques adaptés et l'implication de plusieurs institutions : le Ministère de la Fonction publique, le Ministère des Finances, l'Institut National de la Statistique (INS), la Direction générale du Budget et les collectivités territoriales. L'INS pourrait publier chaque année un indice fondé sur le prix du logement, le transport, l'alimentation, les soins de santé et l'éducation. Une application progressive sur cinq ans est proposée, avec une phase d'expérimentation dans quelques régions pilotes. Pour l'analyste, cette évolution permettra de concilier équité, efficacité et aménagement du territoire. Une telle réforme pourrait constituer une innovation majeure de gouvernance publique en Afrique, faisant de la rémunération un levier de développement territorial plutôt qu'un simple mécanisme administratif, au service d'une meilleure répartition des fonctionnaires et d'une modernisation de la gestion des ressources humaines publiques.